Bienvenue sur mon blog
  • Accueil
  • > Non classé
  • > Subversion et dénaturation de l’Armée de terre française. Critiques du Livre vert.

Subversion et dénaturation de l’Armée de terre française. Critiques du Livre vert.

Le Livre vert. La subversion de l'armée de terre françaiseComment expliquer que des soldats français censés défendre et promouvoir les intérêts de la nation française, soient devenus, depuis 2007, avec une telle docilité, les supplétifs de l’armée des États-Unis d’Amérique en Afghanistan, et qu’ils aient accepté que l’Armée française redevienne asservie à l’Otan ? L’un des facteurs qui a contribué à ce que ce phénomène soit possible, a été l’effort insidieux d’endoctrinement et de formatage idéologique entrepris à la suite de la professionnalisation des armées françaises.

Ce qui subsistait des concepts, des valeurs et des principes traditionnels des armées françaises, a été subverti. Chaque Arme a été progressivement dénaturée : l’Armée de l’air, l’Armée de terre, la Gendarmerie nationale, la Marine nationale. En ce qui concerne l’Armée de terre, l’un des principaux outils subversif utilisé par les commissaires politiques en charge de ce travail d’endoctrinement et de formatage idéologique, a été un livret de doctrine édité en 1999, surnommé le « Livre vert », en référence au « Petit livre rouge » des maoïstes. Ce document de 41 pages (dans sa version P.D.F. téléchargeable depuis le site internet du ministère de la Défense), signé le 4 janvier 1999 par le Chef d’Etat-major de l’Armée de terre, le général Mercier, a voulu redéfinir les nouvelles « références éthiques » (page 3 du document P.D.F.) d’une Armée de terre française « refondée ». Le général Mercier écrit lui-même dans la préface du Livre que « la Refondation de notre Armée de terre est globale » (page 4).

Le Livre vert a parfois été accueilli favorablement. Ainsi le Cercle d’études et de réflexion sur la Défense (C.E.R.D.), groupe d’officiers à la retraite, pensait pouvoir écrire dans son bulletin de novembre 1999 que le Livre vert « insiste avec force et talent sur la nécessité de maintenir et de développer dans l’Armée de terre les valeurs morales traditionnelles et le patriotisme (…) Sur cet aspect des choses, l’ensemble du document est excellent. ».

Ces vieux militaires n’avaient rien compris (les militaires sont rarement dotés d’une culture politique suffisante pour comprendre le sens de qu’on leur fait faire ou ce que l’on parvient à leur faire croire…). Ils avaient lu trop vite ce document sans y réfléchir. Cette interprétation favorable au Livre vert a été une colossale idiotie. Une étude du texte de ce livre le démontre et permet de discerner en quoi les fondements théoriques de la « Refondation » étaient viciés et sont à l’origine du mal dont souffre aujourd’hui l’institution militaire française.

Le Livre vert, par sa maîtrise dialectique et son utilisation de définitions faussées, a été une machine à subvertir l’esprit militaire français. L’exposé qui suit, décrit le contenu du Livre vert et la méthode qui a été utilisée.

Chapitre I. Un danger prévisible et présent

Le modèle professé lors de l’annonce de la professionnalisation des Armées française, en 1996, était celui d’une armée à forte spécificité, à fort esprit combatif, renforcée par une cohésion et des traditions solides. Ce modèle était celui qu’imaginaient la plupart des cadres de l’Armé car c’était celui que vivaient déjà les nombreuses unités professionnelles de l’Armée de terre. De plus, dans l’esprit du public, ce modèle semble au premier abord aller de soi : l’armée professionnelle étant moins nombreuse qu’elle n’était quand elle était mixte, elle doit compenser par cet esprit militaire porté au plus haut degré ce qu’elle perd en quantité.

Dans les faits pourtant, l’expérience d’autres armées professionnelles (par exemple celle des Etats-Unis d’Amérique) montre, dès avant 1996, que ces armées professionnalisées pouvaient, paradoxalement, tendre vers une subversion des valeurs militaires. Bernard Boene, un des plus éminents sociologues français spécialisés dans l’étude des institutions militaires, mettait en garde contre ce danger dans le n°49 de la Revue stratégique : « Soumise aux pressions croisées du marché du travail, d’une culture englobante de plus en plus libérale et sociale, ou de la recherche de l’efficacité (souvent traduite en termes de productivité d’une main d’œuvre devenue rare et chère), une armée de métier est tentée de s’abandonner à la seule rationalité technicienne et gestionnaire, au point de passer par pertes et profits ces aspects d’apparence non rationnelle (le cadre symbolique et normatif, la dimension affective des relations communautaires, le charisme des chefs, la cohésion, les traditions, etc.) qui n’en font pas moins figure – toute la littérature militaire est là pour le dire – d’impératifs fonctionnels. (…) Certes, cette dérive n’a rien d’inéluctable (les Britanniques ont su y résister pendant longtemps), mais la ligne de plus grande pente est clairement située, et on sait ou elle peut mener ».

Le maintien dans une armée de métier d’un fort esprit militaire demande donc une volonté, des efforts constants et une vigilance. Or, si une volonté claire s’est exprimée depuis 1997, et particulièrement depuis 1999, c’est celle qui a consisté à précipiter l’armée française dans une situation devenue infernale et destructrice du bon sens, de l’identité et des traditions françaises.

Avant d’aborder le fond de l’étude, une anecdote mérite d’être citée en exemple.
Cette volonté de s’aligner sur le monde civil a été une constante dans l’action de certains hauts responsables de l’Armée de terre française. Un exemple particulièrement criant des extrêmes auxquels cette volonté mène, est l’interview accordée par le général Raevel, chef du Sirpa-terre (l’ancien service des relations publiques de l’Armée de terre française), au magazine érotique pédéraste Tétu, et dont les propos ont été repris dans Le Monde du 4 mai 2000 sous le titre « L’armée se veut accueillante pour les homosexuels ». Le général Raevel y déclare : « L’armée de terre, telle que nous sommes en train de la construire, se veut l’émanation de la nation. (…) A l’instar des entreprises, l’Armée de terre suit les évolutions de la société et la reconnaissance du phénomène homosexuel fait partie de ces évolutions ».

L’ensemble de ces analyses a été récemment corroboré par l’ancien chef d’État-major des Armées françaises (de 1991 à 1995), l’amiral Jacques Lanxade. Dans le n° d’août-septembre 2010 de la revue Défense et sécurité internationale, l’amiral y déclare notamment : « Dans la conduite des opérations, l’approche interarmées est une nécessité. Là où les problèmes commencent, selon moi, c’est lorsque l’on veut « interarméiser » le fonctionnement non opérationnel, la gestion. (…) Il faut préserver la culture et le mode de fonctionnement de chaque armée. Ne pas ôter de responsabilité à la chaîne de chaque armée pour les donner à une chaîne interarmées. Que fait le chef d’état-major de l’Armée de terre si cela ne fonctionne pas dans un régiment ? Il lui est moins aisé de donner ses ordres directement, n’ayant pas en main tous les éléments. En outre, en période de réformes et de contrainte budgétaire, cela fait monter des tensions, puisque l’on fait porter à la réforme tous les maux. A mon avis, on est allé beaucoup trop loin. On est en train de construire un monstre interarmées dans lequel chacune des trois armées ne se reconnaît déjà plus, et où chaque chef d’état-major n’a plus sa place. Je pense que cela peut sauter à un moment ou un autre ! » (source : Theatrum belli).

Chapitre II. La méthode dialectique

Majoritairement, d’emblée, le Livre vert a été reçu par les cadres de l’Armée de terre avec une grande perplexité. Celle-ci tenait à la volontaire ambiguïté du document, à son usage d’expressions traditionnelles dans un sens détourné, en un mot à sa maîtrise d’une redoutable dialectique.

Comme l’avaient été les vieux généraux à la retraire du C.E.R.D., beaucoup ont été rassurés de voir que certains fondements de l’esprit militaire (le patriotisme, la spécificité militaire, la nécessité de l’esprit de corps…) étaient cités dans le Livre vert.

Mais peu ont été attentifs au fait que les vertus militaires étaient neutralisées une à une dans une présentation dialectique, toujours sur le même modèle : telle vertu militaire est importante et réaffirmée avec force, mais ne pourra être cultivée que dans le respect de tel principe contradictoire. Les exemples sont :

  1. La spécificité militaire est réaffirmée, puis mise en accusation : « la claire conscience de (la spécificité militaire) est nécessaire (…), la banalisation de (l’institution) exposerait à de fâcheux contresens (… ) Néanmoins, une affirmation excessive de la spécificité militaire serait non moins fâcheuse » (page 15 du Livre vert).

  2. La discipline rappelée, puis relativisée : « Il en découle une exigence de discipline, qui singularise les armées au point que les anciens règlements ont pu écrire qu’elle en ‘faisait la force principale’. Mais, dans le même temps, cette discipline n’exonère pas le soldat (…) de sa responsabilité individuelle ». (page 19)

  3. La combativité est sapée elle aussi : « La mission, dans son esprit est toujours à exécuter ‘coûte que coûte’. Mais dès lors que cet usage se traduit de fait par la destruction et la mort, il s’oppose à une exigence véritablement fondatrice qui est celle de nos sociétés dont le soldat n’est que le délégataire : le respect absolu de la personne humaine, notamment de la vie. Cette contradiction (…) ne peut être esquivée. » (page 19). Au lieu de résoudre cette contradiction paralysante, en rappelant que le respect de la personne n’est pas « absolu » mais peut céder le pas à un plus grand bien, par exemple la sauvegarde de la communauté nationale, les auteurs la laissent béante.

  4. L’esprit de corps est réaffirmé : « dépassement dans un être collectif qui hausse le soldat au-delà de ses inclinations propres » mais en prenant compte des « aspirations individuelles puissantes qui sont l’une des caractéristiques des sociétés modernes » (page 21). De plus, cet esprit de corps dans les régiments doit se garder d’être « hypertrophié » et il doit se développer dans « le respect et l’estime des autres unités » (page 25), de même doit-il se garder d’une « autre déviation encore plus grave » d’un esprit de corps qui « (refermerait) la communauté militaire sur elle-même, ce qui la retrancherait de la communauté nationale » (page 25).

  5. De même la hiérarchie : « la discipline (…) exige une autorité ferme de la part des chefs, de même que l’obéissance des subordonnés. Mais (…) une efficacité supérieure ne pourra être trouvée sans une adhésion profonde (…) qui ne peut reposer sur des rapports hiérarchiques fondés sur la crainte ou l’obéissance passive » (page 22).

  6. Et le rôle du chef : « deux écueils sont à éviter : d’une part, la dilution des responsabilités et, d’autre part, une conception jalouse et possessive du commandement qui peut se révéler fortement contre-productive » (p. 23).

Le piège de cette dialectique est que ni le premier terme, ni le deuxième terme, s’il est bien compris, ne sont faux. L’inattentif pourra lire le document et se dire que les vertus militaires sont réaffirmées.

Cependant, il ressort clairement, avec le bénéfice du recul, que la spécificité militaire, la discipline, la combativité, l’esprit de corps (en un mot l’ »esprit militaire ») sont au contraire systématiquement mis sur la défensive : le régiment devra constamment prouver que son « esprit de corps » respecte les « aspirations individuelles », ne nuit pas à l’ « estime » envers les autres unités, et ne referme pas « la communauté militaire sur elle-même ». Le chef devra prouver que son commandement n’est pas « jaloux », « possessif » ou « fondé sur la crainte », etc.

Cette méthode dialectique permet aux auteurs du Livre vert de mettre en accusation les vertus et l’esprit militaires tout en protestant de leur attachement pour ces vertus. La méthode est digne des meilleurs agents subversifs.

Chapitre III. Les définitions faussées

Une méthode complémentaire à la méthode dialectique, a consisté, pour les auteurs du Livre vert, à reformuler des définitions fondamentales concernant l’armée et la vocation du soldat et de l’Armée. Ils l’ont fait dans des termes alambiqués qui, si on les lit de près, s’écartent gravement d’une juste conception de ces notions.

« L’Armée de terre française est une communauté d’hommes et de femmes qui peut exiger de chacun, dans des situations extrêmes, un engagement total au service de la mission » (page 5).

  1. Un « engagement total » « dans des situations extrêmes » ? Pourquoi cette formulation ambiguë au lieu de dire simplement que le cœur de la vocation du soldat réside en ce qu’il accepte d’avance de donner sa vie… dans des situation « extrêmes » certes, mais qui ne sont pas marginales : ces situations qui sont au soldat ce que le feu est au pompier, c’est à dire une situation qui n’est pas permanente mais qui définit sa vocation spécifique.

  2. Mais donne-t-il sa vie pour la mission ? Un poncif militaire est, certes, de répéter que la mission « est sacrée »… Cependant quel soldat donnera sa vie pour la mission en elle-même ? Sur quel monument aux morts prétend-on que les soldats des guerres passées sont morts… « pour la mission » ? Le cœur de la vocation du soldat réside en ce qu’il accepte d’avance de donner sa vie, non pour la mission, mais pour la France. La mission n’est qu’un moyen, elle n’est que le cadre dans lequel opère le soldat. Il parait évident que l’obéissance est pour le soldat une fin seconde par quoi peut exister cet ordre militaire, cet outil cohérent et efficace au moyen duquel il poursuivra sa fin première qui est de servir la France en assistant le succès de ses armes, en défendant l’intégrité de son territoire, en protégeant ses concitoyens et leurs intérêts.

  3. Alors pourquoi avoir remplacé le mot « France » par le mot « mission » ? La réponse est évidente : parce que l’armée française devait cesser d’être au service des intérêts de la France. Selon les idéologues du Système, l’action militaire ne peut plus se fonder sur le service de la France. Elle doit dorénavant s’identifier à la seule « mission reçue », c’est-à-dire qu’elle peut s’identifier à n’importe quelle cause : le combat contre le « terrorisme », la propagation de la démocratie, le développement des intérêts des Etats-Unis d’Amérique, l’ingérence humanitaire, etc., mais elle ne s’identifie plus à l’intérêt de la puissance nationale française.

On pourrait passer rapidement sur cette formulation étrange s’il s’agissait d’un texte écrit à la va-vite, et non du « texte fondateur » d’une « nouvelle Armée de terre ». On pourrait croire en outre à une maladresse s’il s’agissait d’un fait isolé. Or à aucun moment la conception traditionnelle de la vocation militaire énoncée mille fois depuis qu’existe des armées, ne se trouve dans le Livre vert. Loin d’être innocentes, ces définitions compliquées qui semblent passer à coté de l’essentiel posent les fondements d’une définition dénaturée du soldat.

Le patriotisme au moins, évoqué à plusieurs reprises dans le Livre vert, échappe-t-il à ce type de détournement ? Ce point est à la fois le plus important et le plus complexe de l’ensemble des définitions faussées données par le Livre vert. On ne pourra l’évoquer ici que schématiquement. Depuis 1789, deux conceptions du patriotisme cohabitent en France :

  1. une conception traditionnelle, qui allait auparavant de soi : le patriotisme est un amour de prédilection dû au pays qui nous a vu naître et grandir ; il n’est pas une opinion, ni l’adhésion à une idéologie, mais un devoir de reconnaissance envers un pays concret et charnel. Il unit tous les fils de ce pays, au delà des philosophies et des idéologies.

  2. une conception selon laquelle le patriotisme implique une adhésion à une idéologie donnée, en résumé celle des Droits de l’Homme et de la Révolution. Contrairement à la conception traditionnelle, cette conception révolutionnaire divise les Français selon qu’ils adhèrent ou non à cette idéologie.

L’armée doit-elle s’identifier à la conception révolutionnaire, idéologique, du patriotisme ? Un manuel militaire publié sous la IIIe République, pourtant portée à l’emphase républicaine, avait la prudence de reprendre la conception la plus traditionnelle et consensuelle, celle qui unit les Français au lieu de les diviser selon des lignes idéologiques : « Le patriotisme, c’est l’amour de la Patrie, amour poussé jusqu’au sacrifice de l’existence. La Patrie, c’est le pays qui nous a vu naître avec l’ensemble de ses traditions, avec les mœurs, les habitudes, les idées communes à nous tous, Français, et avec le lourd passé de gloire que nous ont transmis nos ancêtres et que l’étranger nous envie. Le patriotisme est un sentiment instinctif, aussi naturel que l’amour que nous portons à nos parents. », (Manuel des recrues des équipages de la flotte, 1938, cité in François-Marie AlgoudFrance, notre seule patrie, éditions du Chiré, 2001, page 96.)

Le Livre vert n’a pas cette retenue. Quand il évoque le patriotisme, c’est toujours sous le visage du patriotisme idéologique et révolutionnaire. Nulle part la France n’est évoquée sans être rapportée à un système idéologique : « la nation reste bien le cadre d’une communauté de destin des hommes et des femmes qui la composent. Pour la France, cette communauté offre la particularité de se définir, dans la République, en référence à des valeurs universelles qu’elle a contribué à promouvoir, bien traduites par la Déclaration des droits de l’homme et de citoyen et synthétisées dans sa devise même. » (Livre vert, page 13). « Cette nation est la France, un « vouloir vivre ensemble » d’une communauté d’hommes et de femmes historiquement unis autour de valeurs communes » (page 28). L’action militaire s’inscrit « dans le respect des valeurs fondatrices de la communauté nationale exprimées à travers la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et traduites dans la devise de la République » (page 20).

La conception traditionnelle de l’Armée française est diabolisée : se croire au service d’une « nation préexistante à la démocratie » est considéré comme une idée séditieuse (rapport parlementaire Grasset de 1999).

La devise « Honneur et Patrie » y est détournée de manière presque risible puisqu’il y est expliqué en substance que l’ »Honneur » n’est rien d’autre que le respect des Droits de l’Homme et que la « Patrie » se définit par rapport à ces mêmes Droits de l’Homme (Livre vert, pages 30-31).

Conclusion

Ces définitions montrent le basculement opéré entre la définition du manuel de 1938 et le Livre Vert. Le « pays qui nous a vu naître » est devenu un abstrait « vouloir vivre ensemble » autour d’une idéologie officielle. L’inconvénient d’une telle définition, est qu’elle divise les Français selon leur adhésion ou non à cette idéologie. L’avantage est que ce pseudo-patriotisme est éminemment malléable puisqu’il est lié à des idées et non plus à un sol et à une nation, et pourra sans peine se transformer en une « lutte contre le terrorisme », de même que pourra être justifié l’engagement dans tout conflit repeint aux couleurs de la « Défense des Droits de l’Homme » indépendamment de l’intérêt national français. L’Armée française a été mise au service d’abstractions. La docilité des militaires français à occuper militairement l’Afghanistan, à être les supplétifs de l’Armée des Etats-Unis d’Amérique, et à ré-intégrer l’organisation atlantiste qu’est l’Otan, s’explique alors.

Mais, au-delà des risques d’injustice, cette politisation de l’armée et du corps des officiers est d’une gravité extrême :

  1. Cette idéologisation a stérilisé et uniformisé la pensée des militaires, traditionnellement libre, en particulier chez les officiers. Comment en effet des esprits libres comme Lyautey (royaliste et ami de Charles Maurras) ou Leclerc auraient-ils trouvé leur place dans une armée jugeant les officiers sur l’ »adhésion » qu’ils montrent aux « valeurs institutionnelles » ?
  2. Cette idéologisation, comme au temps de la IIIe République du début du XXe siècle ou dans l’Union des républiques socialistes soviétiques des années 1937-1941, a porté aux échelons de responsabilité des officiers médiocres mais politiquement inféodés aux gouvernants.

Il n’est pas nouveau que des politiques veuillent détourner l’institution militaire dans le sens de leur idéologie. Ce qui est nouveau est le fait que de nombreux généraux se sont fait et continuent à se faire les zélotes de cette dénaturation. Sans doute l’ambition personnelle, voire des accointances idéologiques, expliquent-elles l’attitude de certains d’entre eux. Chez la plupart, cependant, il semble que le manque de formation philosophique, sociologique et politique, ainsi qu’une certaine perte de repères identitaires, soient les causes principales du mal dont souffre les armées françaises.

1 octobre, 2010 à 9:30


Commentaires desactivés.